Catégorie : Chroniques

La braguette

L’autre jour je déambulais dans les rues de Lyon. Aussi légère que l’air, plutôt en confiance et finalement assez décidée. Le pas guilleret et désinvolte de celle qui va s’acheter un truc non vital. Le soleil m’offrait alors sa lueur de 10h, en plein visage, ce qui, faut l’avouer, me donnait l’impression d’avoir pris le Christ en tatouage sur le front. Et c’est sans doute parée de cette pureté lumineuse que mon regard clignotant s’est posé en aura sur une silhouette venant pile en face. Ai-je besoin de préciser qu’elle était masculine. Pas besoin non plus de constater qu’il n’y avait là aucune …grasse divine. J’ai évalué en un temps record les mensurations. Et en ai dressé un portrait-robot (subjuguée) heu subjectif (au cas où…) :

Carrée.

Haute.

Chaloupée.

Il y a eu ce compte-à-rebours, comme dans les films, où les regard se scotchent à la glu comme happés par une force mystérieuse…
La distance se rétrécissant, j’ai mentalement compté les secondes jusqu’à l’impact.

5…

4…

3…

2…

1 !

– Bonjour, pardonnez-moi mais…dit-il d’une voie hésitante mais charmante.

Bon sang. La silhouette me parle. Évacuant rapidement le fait qu’il puisse s’agir de Dieu, je stoppe mon enchaînement de pas. Droite. Figée. Dans la rue. Face à l’inconnu. (Figez mon image dans vos têtes. Figez-la bien…)

– Oui ? Haha. Je peux vous aider ? lui répondis-je, le sourire jovial. (C’est fou cette fraction de seconde où tu penses à la fois à tes copines célibataires en galère de mecs et à celles qui tweetent #balancetonporc. Cette seconde où tu te prends pour une guide touristique. Cette seconde où tu te demandes si la séduction est en passe d’être considérée comme un délit…Cette seconde où tu te dis : putain, mais ma vie c’est une pub en fait.)…

Le sourire de la silhouette se fige. Il passe de poli à contrit. Dans une bienséance affectée qui m’alerte légèrement sur la prétendue approche, il ouvre la bouche (je crois que machinalement j’ai ouvert la mienne, connement, mais bon une bouffée d’air frais ça ne fait de mal à personne hein ?) ; il ouvre la bouche donc et me dit :

– Vous avez la braguette ouverte…

Alors là.

Là…

Putain de bordel de merde. Il a fallu puiser dans tout ce que j’ai d’humour pour le remercier gentiment de sa prévenance. Et trouver le courage (temps 2) de la remonter devant lui, un pauvre sourire béat en travers de la mâchoire.

– J’étais obligé de vous le dire, cru-t-il nécessaire de rajouter. Vous ne m’en voulez pas ?

– Oh ben non, vous pensez… Merci…Hashtag lol.

Et j’ai fini mes courses la main sur le devant du jean. Fermeture à glissière cassée. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, aucune silhouette ne m’a plus abordée.

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